« Chambre 113 »

 

Déjà présentée à Paris dans une première version en janvier 2017, la co-médico musicale « Chambre 113 » est de retour au Théâtre de Ménilmontant et nous ne pouvions pas manquer ce rendez-vous tant il est rare qu’une véritable création originale ait lieu dans le théâtre musical parisien.

 

Le rideau s’ouvre sur des bruits d’ambulance, un gyrophare à la main, les comédiens nous annoncent la couleur en nous souhaitant « Bienvenue à l’hôpital ». Un homme dans la quarantaine, Julien (Fred Colas), tente en vain de se faire entendre auprès des infirmières (Noémie François et Hélène Hardouin) ou du charismatique Dr Grinsky (Emmanuel Quatra) pour comprendre pourquoi on l’a fait venir ici. Sa femme, Mathilde (Claire-Marie Systchenko ou Cloé Horry), tout de rouge vêtue, essaie de calmer le jeu en prenant les rênes mais personne ne semble la remarquer… et pour cause ! C’est son corps dans le coma qu’elle découvre en même temps que son mari. Elle a été renversée par une voiture alors qu’elle devait le rejoindre à un rendez-vous manqué. Tout au long du spectacle, elle va observer, impuissante, les réactions de l’homme de sa vie face au personnel soignant. Au fil du show, les liens distendus par le temps vont se consolider à nouveau, Julien redécouvrant tout l’amour qui le lie à Mathilde, alors qu’elle ne peut pas le partager avec lui…

 

Parlons tout d’abord du thème de cette pièce. S’inspirant de films comme « Ghost », de séries comme « Greys Anatomy » ou « Dr House » ou encore de livres comme « Et si c’était vrai » de Marc Levy, Claire-Marie Systchenko et Eric Bongrand nous plongent dans un univers peu usité pour un spectacle musical, celui de l’hôpital. C’est au désarroi d’un homme dont la femme est immobile et dans le coma que l’on assiste. Aidé par les infirmières Roseline et Natacha, il va prendre conscience de l’importance de parler à sa femme, de lui dire tout ce qu’il n’a plus pris le temps de dire depuis que l’habitude s’est installée entre eux. Ce spectacle pose la question de la solitude de ce couple qui ne communique plus et se retrouve seul face à cette situation qu’ils ne maitrisent pas, de la solitude d’un personnel soignant face à la douleur des patients et de leurs familles. Sort-on réellement indemne d’un séjour à l’hôpital ? Peut-on vraiment s’empêcher de ressentir des émotions lorsque c’est notre quotidien ? Ne sommes-nous pas tous au final des humains en proie à des sentiments que l’on ne peut / doit contrôler ?

 

La force de ce spectacle réside dans le fait de traiter ce sujet de façon légère, sans excès, avec cette touche d’humour nécessaire et pourtant pas grinçante car toujours bien dosée. On se passionne pour le caractère des deux infirmières, Roseline qui agit un peu comme une conscience, un Jiminy Cricket pour Julien avec sagesse et ironie, et Natacha plus frivole et passionnée d’astrologie, qui résiste aux avances du Dr Grinsky, ce médecin hors paire conscient de ses talents pour la médecine mais dont le manque d’empathie se révèle lorsqu’il se trouve impuissant devant un patient. On s’émeut face à Mathilde qui voit, tel un fantôme, son double allongé dans un lit d’hôpital et qui peint sa détresse face à sa situation dans son couple où elle a perdu toute complicité avec l’homme qui partage sa vie, celui qui « pas à pas » s’est éloigné au fil des années. On est touché par la maladresse de Julien qui se retrouve seul sans sa femme, comme perdu, ne sachant que faire, que dire, hésitant même à aller la voir, se noyant dans les excès pour mieux oublier une situation qui le dépasse. Chaque personnage a sa propre existence, ses émotions, ses doutes, ses passions.

 

Le casting est extrêmement bien choisi. Les comédiens incarnent les personnages avec force et vérité. On se sent comme transportés par l’histoire. Les scènes parlées apportent des rires, de la tristesse, de la tendresse. Elles sont savamment disposées dans la pièce de façon à créer un rythme bien régulier, sans temps mort. On retrouve quelques belles démonstrations vocales chères à la comédie musicale, mais ce n’est pas cela qui prime : les parties chantées sont au service de l’histoire, de l’émotion à apporter au spectateur pour faire évoluer l’action. Mention spéciale pour les titres « Les bouquets », « De haut en bas » et « Pas à pas » qui nous ont émus aux larmes, ou pour la chanson du Dr Grinsky pour la performance scénique de ce personnage haut en couleurs.

 

Loin des grandes productions, « Chambre 113 » nous offre un décor épuré (de Christian Vallat), fait de quelques panneaux blancs ou cadres, en plus du lit de Mathilde. Les comédiens les déplacent eux-mêmes pour nous figurer tantôt le couloir, tantôt la chambre, tantôt la salle de repos des soignants. Et cela fonctionne à merveille. Le spectateur n’a pas besoin de plus tant la mise en scène de Vincent Vittoz donne la part belle à l’histoire. On apprécie également la présence de deux musiciens dans le fond de la salle, apportant aux musiques un aspect intimiste et chaleureux, sous la direction musicale d’Antoine Lefort.

 

« Chambre 113 » est un spectacle musical magistral, mêlant à la fois le rire, la tristesse, la tendresse et l’amour. Il nous fait réfléchir sur la vie qui, si elle est éphémère, doit être vécue pleinement afin de profiter de tout ce qu’elle peut nous apporter. « Chambre 113 » est une création originale à voir et à revoir pour toutes les valeurs positives qu’elle dégage. A ne manquer sous aucun prétexte.

 

Jusqu’au 11 février 2018

au Théâtre de Ménilmontant, 15 Rue du Retrait, 75020 Paris

http://chambre113.com

Durée : 1h30

Tarifs : de 15€ à 39€

Article : Audrey

29/10/2017

audrey@laruedubac.fr

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