« Un été 44 »

 

 

« Un été 44 », voici enfin les premières représentations de cette comédie musicale dont les chansons ont été écrites par des noms prestigieux comme Francois Bernheim, Alain Chamfort, Maxime Leforestier, Charles Aznavour ou encore Jean-Jacques Goldman, sous la direction d’Erik Benzi. Ce spectacle événement produit par Valéry Zeitoun a posé ses tréteaux au théâtre Comedia, habitué aux comédies musicales (comme les très réussis « Aladin » ou « Mistinguett ».)

 

L’histoire débute le 6 juin 1944, en plein débarquement. Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, nous ne sommes pas réellement mis en immersion dans un bataillon de soldats, le parti a été pris de nous conter l’histoire de trois femmes (Solange, Rose-Marie et Yvonne, interprétée par Barbara Pravi, Sarah-Lane Roberts, Alice Raucoules) restées cachées chez elles ne pouvant qu’observer de loin les horreurs qui les entourent, ne sachant quand elles cesseront, attendant des nouvelles d’un frère, d’un amant parti à la guerre. Accompagnées du cousin d’Yvonne, Petit René (Nicolas Laurent), dans la première partie, elles nous racontent leur quotidien : les amours impossibles entre un allemand et une française dans la chanson « Le monde n’est jamais assez grand », les infirmières engagées volontaires pour porter secours aux soldats avec le titre digne de Broadway « Les Rochambelles », la peur qui anime les soldats malgré une volonté de fer de défendre leur pays dans « Fucking bocage ».

Dans la deuxième partie, on assiste à la fuite de ces femmes pour atteindre Paris, une fois la ville libérée.

 

Comme beaucoup de comédies musicales actuelles, la mise en scène joue sur les projections en fond de scène mais aussi sur quelques décors comme l’escalier pour symboliser la cave où se cachent les jeunes femmes, le pont qu’elles traversent quand elles fuient sans savoir où aller. La scène est également occupée par un groupe de musiciens jouant en direct, véritable valeur ajoutée évidemment.

 

Ici, pas de danseurs aux chorégraphies compliquées. Les interprètes nous transportent dans l’univers de cette libération de façon sobre et respectueuse. C’est un état d’esprit que l’on redécouvre : une ère où les femmes n’avaient pas le droit de vote, une ère où porter un pantalon était un acte féministe, une ère où des hommes et des femmes prenaient le risque d’héberger et de cacher un enfant juif pour lui éviter la torture avec le titre « Juste », une ère où des jeunes soldats venus des quatre coins du monde sont morts sur une plage de Normandie pour que nous soyons libres aujourd’hui, une ère où le jazz émergeait dans les cafés et où, malgré les orages incessants des obus, la vie continuait comme dans le titre « 2436 pianos » ou « Whisky vodka »…

 

Ce spectacle s’adresse à nos racines, notre histoire commune, nos valeurs. Il donne un visage à ces soldats, il nous les rend humains… qu’ils soient français, québécois, américains ou même allemands. On sera touché par le titre « Les lunettes cassées » interprété par Philippe Krier qui exprime toute la difficulté d’avoir été allemand à cette époque. Ces soldats avaient-ils d’autres choix que de défendre leur patrie, comme l’ont fait aussi nombre de Français ? Chacun n’avait qu’une ambition, comme le montre le titre « Passer la nuit » interprété par l’excellent Tomislav Matosin, celle de survivre une journée encore…

 

Les vidéos de l’actrice Marisa Berenson lisant le journal d’Yvonne ponctuent le spectacle d’une manière élégante et touchante. On notera notamment la vidéo finale qui a plongé la salle dans une vive émotion par la justesse et la simplicité des mots prononcés qui parlent directement à notre âme.

 

La force de ce spectacle se trouve également dans ses chansons. Elles nous font voyager dans cette époque révolue, tantôt joyeuses, tantôt tristes, tantôt nostalgiques. A la manière des comédies musicales américaines, elles participent à la narration comme un fil conducteur, ce qui est plutôt rare sur la scène française et qui est un gage de qualité, selon nous. Les rythmes sont variés. Les mélodies se retiennent facilement. On reconnaît la patte musicale des auteurs compositeurs choisis.

 

On peut également saluer le casting  de ce spectacle. Six jeunes artistes qui jouent la comédie et chantent, apportant leur fraîcheur et leur dynamisme à cette histoire. Mention spéciale pour Alice Raucoules (ex Star Academy 8, connue également pour « En plein cœur de Paris », son titre hommage aux victimes du 13 novembre qui a tourné sur les réseaux sociaux) dont la voix pleine de sensibilité nous a transportés, en particulier sur le titre « On a pris la route ».

 

On retient également plusieurs tableaux comme l’émouvant « Seulement connu de Dieu » que Barbara Pravi commence a capella, remplissant ainsi l’espace scénique tout en nuances et en profondeur, ou encore la chanson finale « Ne m’oublie pas », véritable message d’espoir lancé par la troupe.

 

N’oublions pas de parler des costumes qui retracent eux aussi cette époque mais nous transportent aussi ailleurs parfois comme pour « Les Rochambelles », des splendides lumières du célèbre Jacques Rouveyrollis (qui avait notamment déjà œuvré pour le « Starmania » de Michel Berger et Luc Plamondon en 1988 qui révéla Maurane et Renaud Hantson)

 

« Un été 44 » est un spectacle tout en sobriété, à la hauteur de l’événement raconté. Cette comédie musicale ne fait pas preuve de sentimentalisme mal placé. « Un été 44 » est une hymne à la vie, à l’amour, à l’amitié. Il nous relate la force d’hommes et de femmes qui ont su tenir dans un monde au bord du chaos. A l’heure des commémorations des attentats du 13 novembre, on y ressent un lourd écho qui nous apporte cependant de l’espoir pour un futur plus heureux. Un spectacle à découvrir pour se souvenir, pour partager et pour aimer.

 

« Un Eté 44 » au Théâtre Comédia

4 Boulevard de Strasbourg, 75010 Paris

Jusqu’au 26.02.2017

 

Article : Audrey

13/11/2016

audrey@laruedubac.fr

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